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Sacrifié sur l’autel de l’humanité

A l’origine de l’oeuvre d’Iseult Labote, un crime contre l’humanité. Celui d’un homme que ses agresseurs, tortionnaires, congénères ont crucifié. D’un côté une humanité souffrante, répandant son sang sur la terre d’un terrain vague, de l’autre, une humanité barbare, extrême, aveugle.

Iseult Labote a choisi de dénoncer cette part de l’Homme qui s’alimente de haine et de dogmes. Un crime collectif désigné à travers les multiples visages du supplicié, Harry McCartan. De l’usage de codes et de symboles religieux, Iseult Labote renvoie aux mythes fondateurs des sociétés. Comme le souligne Vanessa Morisset*, “les tableaux photographiques d’Iseult Labote révèlent un monde de religiosité”, en étant ici à la fois au cœur de la réflexion et de la représentation.

Grandeur d’une première croix, intitulée The Trouble with Harry, qui a fini par écraser ce qu’elle aurait dû glorifier, où se côtoient la bannière irlandaise et la souffrance d’un catholique. Posée contre le mur comme le poids trop lourd de l’acte collectif, la croix interpelle sur la nature du crime. Le poids de l’Histoire, de la Politique, de la Religion, d’un passé et d’un présent chargés de haine et de frustration où les victimes se transforment en bourreaux. Là, où le regard meurtri des visages tuméfiés semble se poser, le spectateur est amené à s’interroger sur sa propre culpabilité. Existerait-il une faute originelle à se faire pardonner ? La croix catholique formée de la croix orthodoxe élargit le champ d’investigation. Cette représentation byzantine du crucifié brouille l’evidence d’une dualité entre les communautés catholique et protestante d’Irlande du Nord. Dans la troisième représentation, la subtile transition œcuménique s’effectuant au fil de l’installation, évoque l’unité, la tolérance, et le respect de l’altérité.
La répétition des images, -photos prises des journaux télévisés-, agit sur l’inconscient comme autant de miroirs où chacun de nous viendrait se refléter.

Deuxième croix, l’Acheiropoietès, deuxième façon d’aborder la discrimination, implacable dévalorisation de l’identité définie, afin de lutter contre les préjugés. Images pieuses, images d’actualité, le travail d’Iseult Labote explore les différentes facettes de la perception. Parce que ce sont des images volées par l’œil photographique à l’écran de télévision, la représentation ici donnée du fait divers agit comme le catalyseur d’une réalité contemporaine soumise à l’image. La photographe loin d’adopter une posture désabusée, réaffirme une volonté, à travers les nombreuses métaphores qui jalonnent son œuvre, de placer l’Homme au centre de ses préoccupations.

Ainsi, avec sa précédente installation intitulée “September 11th” et présentée lors du 1er Festival International du Film sur les Droits Humains (FIFDH) et au World Electronic Media Forum (WEMF) à l’occasion du Sommet Mondial sur la Société d’Information, Iseult Labote s’appuie sur les images cathodiques pour inciter à une réflexion sur les systèmes de pouvoir qui régissent l’information et la défense des Droits de l’Homme.

La vie humaine est sacrée, voilà sans doute pourquoi ce sont les visages qui donnent le rythme. La croix devient dans cette deuxième représentation symbole du problème, c’est elle qui martèle son prêche jaune, scande notre perception. En son nom, le crime a été commis. Elle est cette marque indélébile imprimée sur la pensée.
Image ou icône, la croix orthodoxe de l’Ex-voto illustre par sa dimension, une réduction eidétique et ce faisant interroge nos valeurs, et rétablit l’équilibre. Cette intentionnalité intuitive de l’artiste qui cherche à comprendre mais aussi à dénoncer, révèle dans cette ultime représentation l’enjeu du discours. Le droit à la différence passerait-il par l’acceptation de notre humanité aussi complexe soit-elle ? Que reste-t-il en effet de Harry McCartan, martyre un temps illuminé par l’actualité, portant à jamais les stigmates d’une involontaire passion ?

Toujours en utilisant les mêmes armes que celles utilisées pour propager l’information de masse, c’est-à-dire l’écran cathodique, le film de d’Iseult Labote “Mais qui a voulu tuer Harry ? ” reprend les premières scènes du long-métrage d’Alfred Hitchcock “Mais qui a tué Harry ?”.
L’église de Polglass, paroisse de Harry McCartan, remplace celle du film. Au lieu des coups de feu entendus, le film de l’artiste fait entendre des coups de marteaux puis vient le moment durant lequel le spectateur aperçoit la tête de Harry McCartan. Le goût désagréable laissé par ces trois minutes de film montre combien l’image en mouvement peut-être ambiguë. Ne sommes-nous pas devenus malgré nous, voyeurs impuissants du drame ?

Le fait divers : Dans le quartier protestant de Seymour Hill à Belfast, un jeune catholique, Harry McCartan est retrouvé crucifié dans un terrain vague, en novembre 2002. Les clous de 15 cm avaient été tordus pour rendre plus difficile l’extraction. Les images photographiées de Harry McCartan par Iseult Labote ont été tournées à l’hôpital où la victime a dû être transportée avec les poutres sciées, encore clouées aux paumes de ses mains.

*Critique d’art et philosophe au centre Georges Pompidou, Paris.
Texte de Fabien Franco, Mars 2004

 “Mais qui a voulu tuer Harry ? - The trouble with Harry “
 par Iseult Labote, installation et vidéo, 2004
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C’est un fait divers atroce survenu en novembre 2002 que l’artiste 
Iseult Labote a choisi de traiter dans son oeuvre intitulée :

 “Mais qui a voulu tuer Harry ? - The trouble with Harry “.

 
Dans le quartier  protestant de Seymour Hill à Belfast, la violence du
 conflit nord-irlandais est montée d’un cran dans l’horreur avec cette
 atrocité qui intervient sur fond de crise du processus de paix. Un
 jeune catholique, Harry McCartan est retrouvé crucifié vivant dans un
 terrain vague. Les secours ont dû scier les poutres sur lesquelles il
 était cloué parce que les clous de 15 cm avaient été tordus pour
 rendre plus douloureuse et difficile l’extraction.
 Malgré les accords de paix signés, il y a 6 ans, cela fait 30 ans que
 catholiques et protestants s’affrontent dans un climat de haine, de
 discrimination et de rejet de l’autre.
 Ce fait divers barbare d’une extrême violence  est inacceptable et
 choquant au XXIème siècle. C’est un crime collectif assumé
 tranquillement par les tortionnaires.

Ø      Iseult Labote a choisi de dénoncer cette part de l’Homme qui s’alimente de haine et de dogmes. Un crime collectif reproduit à travers les multiples visages du supplicié, Harry Mc Cartan.

De l’usage de codes et de symboles religieux, Iseult Labote renvoie aux mythes fondateurs des sociétés.

Ø      Le film d’Iseult Labote “Mais qui a voulu tuer Harry ?” reprend les premières scènes du film de Hitchcock “Mais qui a tué Harry ?”.
« A l’automne, dans un petit quartier de Belfast, un crucifié est
découvert par quelques habitants, tous mêlés à ce crime... »

photographies, installation, film :

Ø      The Trouble with Harry, 286 cm  x  259 cm, installation

Ø      Acheiropoietès 106.5 cm  x 157.5 cm, photographie
Se dit d’une icône d’origine miraculeuse

Ø      Ex-voto, 12x 18 cm, photographies dans un écrin doré à la feuille

Ø      “Mais qui a voulu tuer Harry ?”, film de 3 minutes



Iseult Labote : « Mais qui a voulu tuer Harry ? – The Trouble with Harry »
Court-métrage, vidéo, 2004

C’est un fait divers tragique survenu en novembre 2002 que l’artiste Iseult Labote a choisi de traiter dans son œuvre intitulée :
« Mais qui a voulu tuer Harry ? – The Trouble with Harry »

Dans le quartier protestant de Seymour Hill à Belfast, la violence du conflit nord-irlandais est montée d’un cran dans l’horreur avec cette atrocité qui intervient sur fond de crise du processus de paix. Un jeune catholique, Harry McCartan, est retrouvé crucifié vivant dans un terrain vague. Les équipes de secours ont dû scier les poutres sur lesquelles il était attaché parce que les clous de 15cm avaient été tordus pour rendre plus douloureuse et difficile l’extraction.

Malgré les accord du Vendredi Saint signés le 10 avril 1998, cela fait 30 ans que catholiques et protestants s’affrontent dans un climat de haine, de discrimination et de rejet de l’autre. Ce fait divers barbare d’une extrême violence est inacceptable et particulièrement choquant en ce début du XXIème siècle. D’autant plus que ce crime semble assumé collectivement par les tortionnaires et la majorité des habitants de cette région.

Iseult Labote a choisi de dénoncer cette part de l’Homme qui s’alimente de haine et de dogmes. Un crime collectif reproduit à travers les multiples visages du supplicié, HMC.

Le crucifié s’appelant Harry McCartan, Iseult Labote pense immédiatement au film de Alfred Hitchcock « Mais qui a tué Harry ? – The Trouble with Harry » et décide de dénoncer ce fait divers en créant une vidéo intitulée « Mais qui a voulu tuer Harry ? – The Trouble withHarry»

Par l’usage de codes et de symboles religieux, Iseult Labote renvoie aux mythes fondateurs des sociétés.

Le film d’ Iseult Labote « Mais qui a voulu tuer Harry ? – The Trouble with Harry » reprend les premières scènes du film d’Hitchcock « Mais qui a tué Harry ? – The Trouble with Harry»

Les deux films se déroulent à l’automne, l’un réel en 2002, l’autre fictif en 1955 et les deux victimes se prénomment Harry.

Le court-métrage d’ Iseult Labote copie à l’identique la typographie du générique du long-métrage d’Alfred Hitchcock. Et les dessins du générique du film d’Iseult Labote sont inspirés de ceux d’Alfred Hitchcock.

Pour le générique, l’artiste Iseult Labote a repris exactement les mêmes fiches techniques, c’est-à-dire la même équipe technique qui a participé à la réalisation du film d’Hitchcock mais en changeant les noms.

La durée de ce court-métrage correspond au temps écoulé, du début du générique jusqu’à la découverte du cadavre dans le film d’A.H., soit 3’07’’.

A partir du film d’Hitchcock et de documentaires télévisés, les images d’ Iseult Labote ont été filmées sur sa télévision, puis choisies et assemblées pour constituer « Mais qui a voulu tuer Harry ? – The Trouble with Harry ».

La musique a été créée tout spécialement pour le court-métrage d’Iseult Labote par Solex, musicien-compositeur suisse. Solex s’est inspiré de la musique traditionnelle irlandaise pour ce film. Il y injecte des séquences de musique empreinte de suspense et de frayeurs qui soulignent bien l’horreur de ce fait divers.

Nota Bene : les scènes du film d’Alfred Hitchcock ayant été visionnées et filmées à partir de la télévision d’Iseult Labote, il n’y a pas de droits d’auteurs redevables.

Cette exposition a bénéficié du soutien du Fonds d’art contemporain de la Ville de Genève (Fmac),
de la Loterie Romande et de la Fondation pour les arts visuels et a été présentée à Genève :
du 12 au 19 mars au  2ème Festival International du Film sur les Droits Humains, FIFDH
du 28 avril au 2 mai à Europ’Art, en tant qu’invitée de la Foire, aux côtés du Mamco.




The artist Iseult Labote has chosen to base her work « Mais qui a voulu tuer Harry ? - The Trouble with Harry » on a tragic incident that took place in November 2002.

The appalling events that took place in the midst of the Northern Ireland peace process caused violence to escalate in the protestant area of Belfast’s Seymour Hill.

Harry McCartan, a young Catholic boy was discovered in a remote area, crucified yet still alive. The emergency services were forced to saw down the cross to which the boy had been impounded as the 15 cm nails had purposely been twisted to render their removal more painful.

An atmosphere of hate, rejection and discrimination has reigned throughout the 30-year old Catholic/Protestant conflict, despite the Good Friday peace agreements signed on April 10th 1998. The monstrous incident described represents a barbaric and extreme form of violence shocking in this day and age even more so as it would appear that the torture was carried out without any form of remorse and appears to have been accepted by the local community.

Iseult Labote has chosen to denounce this facet of man, created and encouraged by hate and dogmas. The artist’s representation of this organized criminal activity is reproduced through the torture victim Harry McCartan’s different faces.

A connection between the victim Harry McCartan’s name and Alfred Hitchcock’s feature film, « Mais qui a tué Harry? - The Trouble with Harry » immediately came to Iseult Labote’s mind which led to her decision to discuss this issue through a video installation entitled « Mais qui a voulu tuer Harry ? - The Trouble with Harry ». The artist’s choice to include religious codes and symbolisms are a reminder of society’s founding mythology.

Iseult Labote’s short film « Mais qui a voulu tuer Harry? - The Trouble with Harry » incorporates opening scenes from Hitchcock’s feature film « Mais qui a tué Harry? - The Trouble with Harry ».

Both films unfold during the autumn and both victims are called Harry, yet one speaks of a real-life event which took place in 2002 whilst the other is purely fictional and dates back to 1955.

Iseult Labote’s short film’s titles and credit print is identical to those used in Hitchcock’s feature film. The title images were also inspired by Hitchcock’s motion picture.

Iseult Labote also copied Hitchcock’s credits‚ technical terms and simply changed the names.

Iseult Labote’s short film is 3 minutes and 7 seconds long. This time-span corresponds to the exact time between Hitchcock’s film’s opening titles and the discovery of the body.

Images from Hitchcock’s film and other televised documentaries were filmed directly from the artist’s television screen before being chosen, edited and reassembled to create « Mais qui a voulu tuer Harry? - The Trouble with Harry ».

Solex, a Swiss musician and composer, wrote the music especially for Iseult Labote’s short film. Solex’s score is based upon traditional Irish music into which frightening moments were purposely added to underline the monstrosity of the events.

Nota Bene: All images from Alfred Hitchcock’s motion picture were filmed directly from Iseult Labote’s personal television screen therefore royalties do not apply.

With the support of :
Loterie Romande, Switzerland,
Fondation pour les Arts Visuels, Switzerland
FMAC, Fonds municipal d’art contemporain, Switzerland




Installation




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Acheiropoietès





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Ex-voto

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September 11th   The trouble with Harry